8 septembre 2026 · Alexandre

Le 1,7 ne sauvera pas les passoires : radiographie des 1,49 million de DPE F et G, région par région

Étude apihom sur 15,5 millions de DPE : 1,49 million de F et G, dont 62 % chauffés au gaz, au fioul ou au bois. Projection au coefficient 1,7 : 188 000 sorties de F-G (13 %), G→F, F→E, E→D par région. Carte par commune et données téléchargeables.

Depuis la publication de l’arrêté du 19 août 2026, un message circule : au 1ᵉʳ janvier 2027, des centaines de milliers de logements sortiront des classes F et G sans travaux. C’est vrai, et c’est incomplet. Le coefficient d’énergie primaire de l’électricité passe de 1,9 à 1,7 ; il ne change rien pour un logement chauffé au gaz, au fioul ou au bois. Nous avons voulu savoir ce que cela représente réellement, département par département. Voici ce que disent les 15,5 millions de DPE de l’open data de l’ADEME.

Ce que nous avons compté, et ce que nous n’avons pas compté

L’étude porte sur l’intégralité des DPE de logements publiés par l’ADEME depuis juillet 2021, copiés le 4 septembre 2026 : 15 520 972 diagnostics. Nous avons retenu ceux qui portent une étiquette et un code commune, soit 15 026 096 DPE, et compté pour chacun sa classe, son type de bâtiment, sa période de construction, sa surface et l’énergie principale de chauffage.

Trois précautions à garder en tête. Ce sont des diagnostics, pas des logements : un bien diagnostiqué deux fois compte deux fois. Les étiquettes sont celles publiées par l’ADEME, restituées avec la méthode en vigueur. Et cette étude ne juge personne : ni les propriétaires, ni les diagnostiqueurs, dont le travail est la matière même de ces chiffres.

1,49 million de F et G, et 62 % hors de portée du coefficient

Sur les DPE retenus, 26,0 % sont classés E, F ou G, et 9,9 % sont classés F ou G : 948 350 F et 540 736 G. Parmi ces 1,49 million de passoires, l’électricité est l’énergie principale de chauffage de 37,5 % d’entre elles. Le gaz représente 31,2 %, le fioul 21,4 %, le bois 5,3 %, les réseaux de chaleur 3,2 %.

Autrement dit, 62 % des logements classés F ou G ne sont pas concernés par la baisse du coefficient. Et parmi les 38 % chauffés à l’électricité, la moitié des F gagnent une classe, tandis que deux G sur trois restent G. Au total, un DPE F ou G sur huit sortira du statut de passoire par le seul jeu du coefficient ; les sept autres n’en sortiront que par des travaux. La section suivante détaille ce calcul, classe par classe.

Ce que fera vraiment le 1,7 : sur 100 passoires, 13 sortent, 87 restent

Pour passer de l’ordre de grandeur au décompte, nous avons appliqué à chacun des 15 116 174 DPE évaluables (étiquette, consommation et surface renseignées) le calcul exact de l’attestation 2027 : la consommation d’énergie primaire est recalculée avec le coefficient 1,7 sur la seule part d’électricité, puis comparée aux seuils officiels, y compris ceux des petites surfaces et de l’altitude ; l’étiquette reste la plus défavorable des deux volets, énergie et climat ; et aucune classe ne peut se dégrader. C’est la méthode que Comprendre mon DPE applique déjà à chaque diagnostic analysé. Contrôle préalable : sur un échantillon de 97 000 DPE, ce calcul retrouve l’étiquette officielle actuelle dans 99,8 % des cas.

Transition au 1ᵉʳ janvier 2027DPE concernésPart de la classe de départ
G → F89 23816,6 % des G
F → E184 21319,6 % des F
E → D492 69620,5 % des E
D → C732 82215,6 % des D
C → B280 7255,1 % des C
B → A65 5098,6 % des B
Gagnent deux classes d’un coup12 441

Au total, 1 857 644 DPE gagnent au moins une classe, soit 12,3 %. Les plus nombreux ne sont pas des passoires : ce sont des D qui deviennent C et des E qui deviennent D. Côté passoires, 188 107 DPE sortent de F ou G, sur 1 475 507, soit 12,7 %. Les G, eux, restent G dans 83 % des cas, et ceux qui gagnent une classe deviennent F : ils restent des passoires, interdites à la location dès 2028. Moins de 0,5 % des G quittent réellement le statut F-G.

Hors chauffage électrique, le coefficient ne fait presque rien. Sur les 9,05 millions de DPE chauffés au gaz, au fioul, au bois ou par un réseau de chaleur, 153 337 gagnent une classe, soit 1,7 %, grâce à l’eau chaude, l’éclairage ou les auxiliaires électriques. Au gaz comme au fioul, la part est de 1,0 %. Le bois fait exception à 9,7 %, parce que ses logements ont souvent un chauffe-eau électrique. Ces DPE non électriques ne représentent que 18 627 sorties de F ou G, soit 9,9 % du total : neuf sorties sur dix viennent du chauffage électrique, où 28 % des DPE gagnent une classe.

Un autre chiffre mérite d’être connu : pour 3,26 millions de DPE, soit 22 % du total, l’étiquette est fixée par le volet climat (émissions de gaz à effet de serre) et non par la consommation. Le coefficient ne touche que la consommation ; pour ces logements, il ne peut rien.

RégionDPE F et GSorties de F-G en 2027Part des F-GG → FF → ESorties hors chauffage électrique
Provence-Alpes-Côte d’Azur68 35713 30119,5 %21,6 %27,6 %6,8 %
Occitanie72 58113 21418,2 %21,7 %25,8 %7,3 %
Pays de la Loire65 96610 54516,0 %23,0 %23,6 %7,0 %
Nouvelle-Aquitaine110 58215 94314,4 %19,3 %21,2 %9,3 %
Bretagne63 8948 65013,5 %18,4 %20,7 %6,9 %
Île-de-France389 84252 57513,5 %18,8 %21,4 %9,6 %
Normandie88 50511 59613,1 %17,3 %19,9 %7,4 %
Centre-Val de Loire62 1267 89412,7 %17,1 %19,3 %10,4 %
Auvergne-Rhône-Alpes199 00021 21310,7 %12,7 %17,6 %9,9 %
Hauts-de-France133 51413 60410,2 %13,3 %15,2 %15,6 %
Bourgogne-Franche-Comté75 6266 3508,4 %11,3 %13,7 %15,6 %
Grand Est118 7039 6128,1 %11,3 %12,2 %15,5 %
France1 475 507188 10712,7 %16,6 %19,6 %9,9 %

La géographie du coefficient est l’inverse de celle des passoires. Là où le fioul et le gaz dominent, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et les Hauts-de-France, moins d’un DPE F ou G sur dix sort du statut. Là où le chauffage électrique domine, la Méditerranée, un sur cinq. Paris, avec 26 424 sorties (17,9 % de ses F et G), en concentre à lui seul 14 %. Les Bouches-du-Rhône atteignent 27,5 %, l’Hérault 32,5 % ; les Hautes-Alpes, la Lozère et la Haute-Saône restent autour de 5 %. La carte interactive affiche cet indicateur commune par commune.

Ces chiffres et ceux du ministère. La FAQ du ministère (mise à jour du 26 août 2026) attend environ 300 000 logements sortant de F et G au 1ᵉʳ janvier 2027, sur 3,2 millions de passoires au 1ᵉʳ janvier 2025, soit 9 %. Le SDES, dans son rapport de novembre 2025 sur le parc au 1ᵉʳ janvier 2025, avait mesuré l’effet de la marche précédente, de 2,3 à 1,9 : 700 000 sorties sur 3,9 millions, soit 18 %. Nos 12,7 % se situent entre les deux, et pour une raison simple : le ministère et le SDES comptent des logements du parc, extrapolés à partir de six mois de diagnostics, alors que nous comptons les DPE eux-mêmes, dont 1,48 million de F et G. Les périmètres diffèrent, les ordres de grandeur se rejoignent, et la conclusion est la même : le coefficient agit sur l’électrique, et presque uniquement sur lui.

Région par région, des passoires très différentes

RégionDPE F et GÉlectricitéGazFioulNon concernées par le 1,7
Grand Est122 19123 %39 %27 %77 %
Bourgogne-Franche-Comté77 14626 %27 %31 %74 %
Hauts-de-France136 20827 %46 %18 %73 %
Centre-Val de Loire63 25836 %27 %26 %64 %
Auvergne-Rhône-Alpes204 20437 %26 %26 %63 %
Nouvelle-Aquitaine112 94539 %21 %27 %61 %
Normandie89 42739 %26 %25 %61 %
Bretagne64 95841 %14 %37 %59 %
Île-de-France400 37542 %42 %9 %58 %
Occitanie74 48346 %18 %25 %54 %
Pays de la Loire67 30646 %21 %24 %54 %
Provence-Alpes-Côte d’Azur69 99351 %18 %25 %49 %
France1 489 08638 %31 %21 %62 %

Trois lectures se dégagent.

Le fioul est le chantier des territoires. Il chauffe 21 % des passoires en France, mais 31 % en Bourgogne-Franche-Comté, 37 % en Bretagne et 44 % dans le Finistère. Ces logements sont ceux que les aides à la rénovation d’ampleur, réservées aux classes E, F et G depuis le 1ᵉʳ septembre, accompagnent le mieux : là où le coefficient ne fait rien, les aides font tout. Leur attribution relève de l’instruction de l’Anah et des obligés.

Le gaz est un problème collectif. Il chauffe 42 % des passoires franciliennes, 46 % dans les Hauts-de-France, 39 % dans le Grand Est, très souvent en immeuble. La sortie passe alors par la copropriété, la chaufferie commune ou le raccordement à un réseau de chaleur, pas par un geste individuel.

Le compte à rebours de 2028 porte sur les F. Les logements classés F ne pourront plus être mis en location à partir du 1ᵉʳ janvier 2028, et ils sont deux fois plus nombreux que les G : 948 000 contre 541 000. En Île-de-France seule, 248 666 DPE sont classés F.

À quoi ressemble la passoire près de chez vous

Les chiffres par région dessinent des profils nets. En Île-de-France, la passoire est un appartement : les maisons ne représentent que 15 % des E-F-G, la surface moyenne est de 57 m² et l’électricité domine. En Bretagne, c’est une maison dans deux cas sur trois, de 82 m² en moyenne, chauffée au fioul plus souvent que partout ailleurs. Dans les Hauts-de-France, une maison de 77 m² au gaz. Partout, plus de huit passoires sur dix ont été construites avant 1975.

Les départements où la part de F et G est la plus élevée sont ruraux et de moyenne montagne : Creuse (32,5 %), Cantal (29,2 %), Hautes-Alpes (23,5 %), Corrèze, Nièvre et Haute-Loire (autour de 21 %). Paris atteint 18,1 % et concentre à lui seul 152 000 DPE F ou G, dix fois Lyon. À l’inverse, l’Hérault (2,7 %), l’Aude, les Bouches-du-Rhône et le Gard restent sous 3,5 %.

Pour explorer votre département et votre commune, la carte interactive des passoires énergétiques affiche, pour chacune des 31 134 communes d’au moins dix DPE, le nombre de F et G, l’énergie de chauffage, la part que le coefficient ne touchera pas et le nombre de DPE qui sortiront de F ou G au 1ᵉʳ janvier 2027. Les données par région et par département sont téléchargeables en CSV.

Ce que cela change pour un propriétaire

Si votre logement est chauffé à l’électricité, commencez par vérifier ce que vaudra sa classe au 1ᵉʳ janvier : Comprendre mon DPE l’affiche gratuitement, avec la note recalculée par le seul moteur en ligne inscrit sur la liste officielle des logiciels DPE validés. Si votre logement est au gaz, au fioul ou au bois, le coefficient ne vous aidera pas : la question devient celle des gestes qui font réellement changer de classe, et de leur coût. Dans les deux cas, un DPE qui vous semble sévère mérite d’abord une vérification des données saisies, puis, si des justificatifs manquent, une contre-visite par un diagnostiqueur certifié.

Un point d’honnêteté : apihom ne réalise pas de DPE et ne remplace pas le diagnostiqueur. Nous lisons, recalculons et simulons ; seul un professionnel certifié établit le document opposable.

Questions fréquentes

Le coefficient 1,7 s’applique-t-il à tous les DPE ? Il s’applique au calcul de tous les DPE établis à partir du 1ᵉʳ janvier 2027, mais il ne modifie le résultat que pour la part d’énergie consommée sous forme d’électricité. Un logement chauffé au gaz avec une eau chaude au gaz ne verra sa classe bouger qu’à la marge, par l’éclairage et les auxiliaires.

Combien de DPE sortiront de F ou G au 1ᵉʳ janvier 2027 ? 188 107 sur 1 475 507, soit 12,7 %, en appliquant à chaque DPE la méthode de l’attestation 2027 : 89 238 G deviennent F et 184 213 F deviennent E. Neuf sorties sur dix concernent des logements chauffés à l’électricité. Hors chauffage électrique, 1,7 % des DPE gagnent une classe.

Pourquoi ce chiffre diffère-t-il des 300 000 annoncés par le ministère ? Parce que le ministère compte des logements du parc, estimés à partir d’un échantillon de diagnostics, et que nous comptons les DPE publiés dans l’open data. Rapportés à leur base respective, les deux résultats sont proches : 9 % des passoires du parc pour le ministère, 12,7 % des DPE F et G pour nous. Le SDES avait mesuré 18 % pour la marche précédente du coefficient, de 2,3 à 1,9, deux fois plus haute.

Pourquoi compter des DPE et non des logements ? Parce que l’open data de l’ADEME publie des diagnostics, sans identifiant de logement. Un bien vendu puis loué peut avoir deux DPE. Les parts par région et par département restent comparables entre elles, mais les totaux ne sont pas un décompte du parc.

D’où viennent les données ? De l’open data « DPE logements existants » de l’ADEME, sous Licence Ouverte, copié intégralement le 4 septembre 2026. Les centres des communes viennent de geo.api.gouv.fr.

Un logement F au fioul peut-il sortir de F sans changer de chauffage ? Parfois, par l’isolation seule ; souvent, la sortie combine isolation et remplacement du générateur. La simulation geste par geste dit lequel des deux pèse le plus pour votre logement précis.

L’étude sera-t-elle mise à jour ? Oui, à chaque rafraîchissement du miroir de l’open data, et une nouvelle lecture sera publiée après le 1ᵉʳ janvier 2027, quand les attestations de changement d’étiquette auront été délivrées.

Sources

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